En Suisse, plusieurs projets étudient les effets d’une vente et d’une consommation de cannabis encadrée par les pouvoirs publics. On en a parlé à La Télé ce printemps et le sujet est revenu  sur la RTS pendant l’été. Une bonne raison de partager mes réflexions sur ce thème qui me tient à cœur. 

«Le cannabis est interdit depuis 70 ans en Suisse, mais on a un demi-million de consommateurs et de consommatrices. On peut sans doute faire mieux que l’interdiction.»
– Frank Zobel, directeur adjoint de Addiction Suisse

Cette phrase, je l’ai entendue il y a quelques jours dans une rediffusion de l’émission du 10 décembre 2023 de Mise au Point. Ça m’a immédiatement rappelé ma rencontre avec Frank Zobel: c’était le 29 mai dernier sur le plateau de Entrepreneurs, une émission de La Télé animée par Loïc Reffet.

En préparant ma chronique, j’étais très sceptique. On parle beaucoup de dépénalisation, mais trop rarement des enjeux de santé publique. Et du dilemme éthique que la société pourrait rencontrer en vendant du cannabis légal.

Heureusement, j’ai été bien rassurée par le discours tout en nuances de Frank Zobel à propos du projet Cann-L. «Il est centré sur une distribution contrôlée et non taxée par l’État, contrairement à la cigarette». Lui aussi se méfie de la «course à l’or vert» et des «marchés bizarres» qu’elle ouvre.

Un autre invité, Maxime Mellina, a ajouté une dimension éthique à cette réflexion. «Plus on souhaite le profit, plus on s’éloigne de l’enjeu de santé publique.» Ces interventions nous rappellent que la régulation du cannabis ne doit pas être une question de profit. Au contraire, nous devons la considérer comme une responsabilité collective et sociétale qui implique de de considérer les enjeux de santé publique tout en encadrant les aspects économiques.

«Mais c’est naturel»

Entre nous, il y a plein de choses naturelles que je n’ai pas trop envie de mettre dans ma bouche, mon nez ou ma gorge. Mais bon. Je sais que ça se veut récréatif, mais ça reste une substance potentiellement dangereuse 

Alors vous allez sans doute me trouver un peu réac. Ce n’est pas exactement ça. C’est simplement que ce sujet soulève quelques craintes chez moi. Dans ma première vie professionnelle, j’étais soignante. Et j’ai vu des personnes, souvent des jeunes, vivre des moments terribles. Décompensation, développements de troubles schizophréniques, il y en a pour tous les goûts et j’y repense à chaque fois que j’entends des gens nier tout danger à la consommation de cannabis.

Je comprends bien que le débat n’est plus de savoir *si* il faut légaliser, mais quand et comment. Mais je formule mes vœux pour que ça ne se fasse pas au détriment des enjeux de santé publique. Ni que ça vienne détruire tout le travail de prévention qui est fait depuis des années à propos de toutes les addictions, qu’elles soient légales ou non bien sûr.

Pour toutes ces raisons, je préfèrerais aussi qu’on parle de dépénaliser plutôt que de légaliser. Et je me réjouis de savoir qu’une démarche aussi importante traverse des phases de test et d’études. Je me réjouis aussi qu’on puisse s’inspirer des expériences d’autres pays, dont le Canada qui propose un modèle prometteur depuis 2018.

Et je vais suivre de près l’avancée du projet pilote Cann-L à Lausanne.