Au cours de l’émission Entrepreneurs du 5 avril, l’avocate Reem Huges nous a présenté la loi européenne mettant fin à la vente des véhicules à partir de 2035. Ce qui m’interpelle, c’est le manque de clarté ou de vision globale sur les implications de cette décision.

Oui, la voiture électrique émet moins de CO2 qu’une voiture à essence lorsqu’elle roule. C’est un fait et bien sûr que quand on flâne dans les rues de nos riches villes occidentales, ça nous fait plaisir.
Mais est-ce qu’il faut fermer les yeux sur tout le reste?
Je m’explique: on sait que la fabrication des voitures électriques et surtout de leurs batteries pose pas mal de problèmes.
Un problème géo-politique
Passer massivement à la voiture électrique, c’est se rendre dépendants de la Chine. Ce pays domine toute la chaîne de valeur de la voiture électrique, de la production des batteries à la fabrication des véhicules, en passant par l’usinage des composants.
Ces dernières années, on a payé très cher notre dépendance énergétique ou logistique vis-à-vis d’autres continents.
Un problème humain
La fabrication des batteries électriques des voitures, comme celles de nos téléphones, de nos ordinateurs ou de nos vélos, demande des matières premières comme le cobalt. Elles sont majoritairement extraites en Afrique, dans des conditions sanitaires et sécuritaires inhumaines. Et très souvent par des enfants! (Ils représentent 40’000 des 250’000 personnes employées dans ces mines).
Est-ce que la sauvegarde de la planète est plus importante que la dignité humaine?
Un problème environnemental
Ça peut paraître paradoxal, et pourtant c’est la réalité. Les techniques d’extraction des métaux rares sont très polluantes, notamment pour les cours d’eau et les nappes phréatiques. Les mines défigurent les paysages et attaquent la biodiversité. Et la fabrication d’une batterie au lithium consomme autant d’eau que 500 personnes!
J’entends et je comprends la volonté de réduire l’usage des voitures thermiques. Mais ça ne doit pas se faire au prix de la violation des droits humains ou au détriment de l’environnement.
On ne peut pas faire payer notre bonne conscience à d’autres peuples moins chanceux que nous, ailleurs sur la planète.
On ne doit pas remplacer notre dépendance actuelle par une autre.
Alors que faire?
Une opportunité pour l’Europe?
Et si notre continent en profitait pour promouvoir sa propre politique industrielle et énergétique? Pour protéger nos industries et devenir indépendants ou en tout cas moins dépendants?
La transition énergétique doit être une stratégie politique européenne sur du long terme. On ne peut pas conduire une transition aussi importante via du micro-management. On ne peut pas suivre une approche où, à chaque nouvelle gouvernance, présidence ou autre, on voit naitre de nouvelles stratégies, en arrêtant celles déjà en cours.
L’opposition perpétuelle des points de vue et les affrontements idéologiques n’amènement qu’à peu voir pas d’action. Il est important que nos dirigeants et leader adoptent une approche pragmatique de la transition énergétique pour atteindre les objectifs fixés de réduction des émissions de gaz à effet de serre, tout en répondant aux besoins de la société et de la planète.
Les solutions énergétiques doivent être évaluées sur la base de leur efficacité, de leur coût, de leur fiabilité et de leur durabilité pour créer un système énergétique plus résilient, propre et sûr, dans le respect des droits humains.
Pour aller plus loin
Je conseille le livre de François-Xavier Pietri, journaliste économique et co-fondateur de l’émission Capital, qui s’est livré à une analyse très pragmatique de la voiture électrique. Le titre est éloquent: Voiture électrique : ils sont devenus fous!
